L'initiation

-Permet moi de t’offrir cette coupe en signe de bienvenue, Caïus ! L’arrivée d’un nouveau boulanger dans notre communauté est un événement de la plus haute importance !

-Je te remercie Flavius ! Tout semble tellement différent de Rome, ici ! Quelle douceur de vivre ! Que de richesses, que de beauté…

Caïus avait prononcé la fin de sa phrase en contemplant les courbes de la jeune esclave qui lui avait amené sa coupe. Il ne regrettait pas d’avoir quitté Rome où les conditions de vie devenaient de plus en plus difficiles. La surpopulation grandissante, une hygiène déplorable, les incendies, rendaient la vie dans cette cité impossible. Heureusement, ici, il avait trouvé un petit paradis. Depuis sa somptueuse villa, il pouvait contempler la mer d’un bleu profond, le temps était d’une douceur incomparable, tout comme les gens qu’il avait vu jusqu’à présent. Rien à voir avec l'agitation permanente qui régnait à Rome.
Son arrivée dans cette cité était un véritable événement. Il était boulanger, profession indispensable au bien-être d'une population d'une ville moderne. Son rang de notable dans la cité lui imposait de célébrer sa prise de fonction en invitant, chez lui, les notables de la ville. Un peu de publicité ne nuirait pas à son commerce !
Il décida donc d’organiser une réception en profitant, pour cela de la cérémonie du rite d'initiation à Bacchus, dieu du vin, de l'ivresse, des débordements, notamment sexuels, ainsi que de la nature…

-Maintenant je te laisse à tes préparatifs, je suis impatient de te retrouver ! A tout à l’heure ! Je dois retourner à mes responsabilités !

Flavius était le personnage le plus important de la ville à la fois questeur et riche marchand possédant plusieurs boutiques d’un excellent rapport.
Caïus pris rapidement congé. Il devait se consacrer aux préparatifs de sa réception dans son accueillante maison. Il avait emménagé dans cette magnifique villa avec sa femme Fulvia et ses deux enfants. Sa fille Livia ravissante jeune fille de seize ans au visage encore plein d’innocence que venaient caresser les boucles de ses cheveux noirs comme ceux de sa mère. Son fils, Claudius, âgé de quinze ans adolescent perturbé qui n’avait rien de l’équilibre et de la douceur de sa sœur.
Les ordres étaient donnés pour que soient préparés les meilleurs mets et que le vin coule à flot ! Depuis très tôt le matin, les marchandises affluaient dans à la villa. Les domestiques, dont plusieurs extra, pour l’occasion, se relayaient pour recevoir, stocker et préparer les mets qui devaient être servis dans la soirée. On avait aménagé, sous le péristyle, une grande table sur laquelle seraient disposés les mets. Autour, se trouvaient les couches sur lesquelles prendraient place les convives. Des cuisines, situées à deux pas se déroulerait le ballet des serviteurs amenant plats raffinés et amphore de vin. A cette heure, l’atrium était encore encombré de paniers et de jarres diverses, c’est dire l’atmosphère fébrile qui régnait dans la maison.

Pendant ce temps Fulvia, en compagnie de Julia, la prêtresse du temple de Vénus profitait aux thermes de l’effet bienfaisant des bains de vapeur. Après s’être longuement baignées dans une eau limpide et douce, elles se relaxaient allongées nues à même la pierre.
Julia était sans doute une des plus belles femmes de la ville. Grande, brune, élancée, dotée d’une grâce naturelle, elle possédait également une intelligence vive qui ne faisait qu’ajouter à son charme et la rendait des plus désirables. Fulvia était subjuguée par l’élégance naturelle qui se dégageait d’elle..

-Tu verras, Fulvia, tu vas adorer ce lieu béni des dieux. Il n’est pas un instant où un plaisir ne vienne flatter un de tes sens.

Elle avait terminé sa phrase avec un petit rire léger qui donnait à ses yeux encore plus de malice et soulevait une poitrine superbe que Fulvia ne pouvait s’empêcher d’admirer.

-Viens, je vais t’oindre d’une huile parfumée que nous ont apportée des marchands phéniciens. Il paraît qu’elle vient d’Egypte, les substances qu’elle contient détendent le corps et sa senteur est une paix pour l’esprit.

Elle prit Fulvia par la main et toutes deux s’en allèrent vers une petite pièce où trônaient deux longues tables de marbre destinées aux massages. A cette heure de la journée les thermes étaient pratiquement vides. Julia installa sa compagne à plat ventre sur la pierre fraîche. Elle saisit une petite amphore et remplit le creux de sa main d’une huile jaune et très odorante. Elle laissa couler l’huile au creux des reins de Fulvia puis étala le liquide le long de son dos en remontant vers ses épaules. D’abord, la froideur du marbre l’avait fait frissonner, mais très vite, un grand bien-être s’empara de la romaine, provoqué aussi bien par le parfum entêtant de l’huile que par la douceur des caresses de la prêtresse. Le va et vient de ses mains qui allaient de ses épaules à ses fesses la détendit aussitôt lui procurant un sentiment de plaisir diffus auquel elle ne songea pas à résister un seul instant.

-On dit que les pharaons enduisaient toujours le corps de leur épouse, qui était aussi leur sœur, avant de leur faire l’amour, susurra Julia, cela les rendaient assoiffées de désirs.

Les mains s’attardaient de plus en plus sur les fesses ne négligeant pas de s’immiscer entre les cuisses et Fulvia ne pouvait retenir un gémissement quand les doigts s’attardaient sur son intimité. Le doigt huileux s’enfonçait plus profondément et la jeune femme ne pus réprimer un soupir de plaisir. Elle se retourna et saisi Julia par les épaules, l’attira contre elle et cherchant sa bouche emmêla son corps au sien.
On n’entendait plus que le ruissellement de l’eau et les soupirs de deux femmes.

Vers trois heures, les convives étaient tous arrivés Tout ce que comptait la ville de notables était là, accompagnés de leurs épouses qui avaient rivalisé de beauté et d’élégance. Il y avait là le tribun de la place militaire, le préfet des vigiles qui veillaient sur les trop nombreux incendies qui pouvaient détruire une ville entière. Tous les plus importants commerçants que comptait la ville étaient également présents. Et bien sûr, Flavius et son épouse ainsi que Julia, la prêtresse dont la présence était indispensable. L’heure arriva de gagner la table, chacun s’allongea sur la couche qui lui avait été attribué. Et l’on fit venir de pleines corbeilles de coquillages fraîchement ramassés dont tous étaient particulièrement friands : huîtres et palourdes débordaient des paniers. Le repas devait commencer dans l’après midi et se terminer bien au-delà de la nuit tombée
Les cuisines fonctionnaient à plein régime faisant griller côtelettes de chevreuil ou mijoter les tétines de truies et la hure de sanglier. De gros gâteaux gonflaient dans les fours de terre cuite et dans un coin plus frais des cuisines s’amassaient les jarres pleines de vin de la dernière récolte.
Le péristyle, dallé de marbre, surmonté d’un carré de colonnes formait un préau sous lequel s’installaient les convives. Les murs autour, étaient revêtus de fresques exécutées par les plus grands artistes de la région représentant des scènes de la vie quotidienne selon le mode des palais hellénistiques.
Une coupe de vin d’Ostie à la main, les conversations allaient déjà bon train. On attaqua les premiers mets. Les serviteurs déposèrent de grands plats d’huîtres et de palourdes que chacun gobait avec avidité en jetant la coquille par-dessus son épaule. Très vite, le sol était jonché de coquilles vides que les esclaves projetaient au loin avec leurs sandales. On alluma les lampes à huile car, dehors, le ciel s’assombrissait ; Peut être allait-on avoir un de ces orages soudains assez fréquents au mois d’août. Mais personne dans l’assemblée ne se préoccupait d’autre chose que de s’adonner aux plaisirs de la table.

Le temps était venu de procéder au rite de Bacchus. Il fallait pour cela qu’une jeune vierge se soumette à un rituel d’initiation que les romains avaient hérité des grecs. C’est, bien sûr Livia qui fut choisie.
On fit monter l’adolescente sur une petite estrade afin que toute l’assistance puisse la voir. Elle dut s’agenouiller et Julia, qui pour l’occasion avait revêtu une logue robe pourpre, s’approcha, tenant à la main une longue verge de hêtre. Elle releva la robe de la jeune fille et commença une lente flagellation. Bien que les coups portés soient peu violents, sa peau blanche se zébrait de lignes violacées. La cérémonie ne dura guère plus de cinq minutes, elle était avant tout symbolique, il suffisait d’initier aux mystères du dieu Bacchus celle qui allait devenir femme.
La prêtresse massa ensuite le corps de Livia en versant sur elle une coupe de vin. La fraicheur du liquide ainsi que les caresses prodiguées apaisèrent rapidement l’inflammation qu’avait laissé la flagellation. Les mains s’attardèrent quelque peu sur les fesses de la désormais jeune femme. Elle avait la peau aussi douce que sa mère.

Enfin, ce rituel accompli, les convives purent entamer les plats de résistance. Les serviteurs amenèrent de grandes écuelles de viandes et des gâteaux au miel. Et l’on fit ripaille. Les mains se tendaient vers les tables et plongeaient à même la sauce retirant des quartiers de viande que l’on enfouissait dans sa bouche ruisselante. Le tout arrosé par de larges coupes de vin que les serviteurs remplissaient en permanence.
Les conversations s’animaient et les esprits s’échauffaient. Il n’était plus question de convenances et, déjà, les plaisanteries les plus graveleuses fusaient. Très vite on passa des paroles aux actes. La pièce présentait un spectacle de plus en plus décadent.
Un homme s’empiffrait de viande en sauce présentant par sa tunique ouverte une monstrueuse érection que sa voisine amusée admirait en buvant de larges rasades de vin qui, débordant de ses lèvres, inondait sa robe la colorant de rouge et laissant mieux deviner à travers le tissus mouillé, les pointes de ses seins.
Fulvia, elle même, était déjà grise et, contemplant ce spectacle, se caressait à travers le tissus de son vêtement. A coté d’elle, un couple s’était formé et faisait l’amour à même le sol. Julia avait entrepris de lécher les seins juvéniles de Livia qu'une voisine embrassait à pleine bouche.
Dans un coin de la salle, le jeune Claudius se faisait prendre en bouche par un jeune serviteur qu'il avait happé au passage. Tout en dégustant voluptueusement une pâtisserie il admirait la prêtresse qui, avait délaissé la jeune Livia, pour rejoindre Caius qui la remerciait de sa prestation en la sodomisant.
Rien de ce qui peut procurer du plaisir ou en recevoir ne lui était étranger. Dans ce domaine, elle en savait autant sinon plus que toutes les putains du port réunies. A coté d’eux, deux convives s’occupaient de Fulvia. L’un d’eux la chevauchait et l’autre, sa main posée sur la tête de la jeune femme rythmait une lente fellation. C’était un ballet ininterrompu de serviteurs portant nourriture et boisson, de convives forniquant ou allant vomir pour mieux recommencer à s’empiffrer.

Le sol était tapissé de nourriture, de coquilles vides et de coupes renversées dans lesquels se roulaient des corps enlacés. Le tumulte avait laissé place aux soupirs et aux gémissements. Il n’était pas tard, pourtant il faisait déjà quasiment nuit et l’air était lourd, comme raréfié. La lumière des lampes renvoyait sur les murs les ombres de ces corps emmêlés ivres de vin et de plaisir.

C’est ainsi qu’ils restèrent figés pour l’éternité.

Pompeï, 24 août 79